Aujourd'hui, on se laisse séduire par la BD...
Avez-vous un jour imaginé qu’en vous regardant dans le miroir, vous puissiez y voir votre propre reflet ? Comme le Hyde d’un Jekill ? Comme si, alors que vous vous efforcés toujours de faire le bien, ce même miroir vous offrait une représentation infernale de vous-même ? C’est dans cette dynamique dichotomique que nous emmène l’oeuvre de Scott Snyder, Jock et Francesco Francavilla. Batman : Sombre Reflet est un comics mettant en action la fameuse chauve-souris super-héros. Il s’agit d’un arc narratif complet publié dans Detective Comics #871 à #881, entre janvier et octobre 2011. Au cinéma, on a pu voir les deux premières adaptations de Christopher Nolan mettant au nu la vision d’un Batman campé par Christian Bale, dans une Gotham City hyperréaliste oscillant malicieusement entre une New-York vertigineuse et une Big-Apple désespérée ( ou désespérante ?). Heath Ledger nous a convaincus et terrifiés en Joker. Certains disent qu’il en est même mort. Le récit que je vous propose aujourd’hui se propose d’aller tutoyer les bas-fonds de l’âme humaine, titillant à la fois notre goût pour le suspens et notre adoration du bizarre. Sombre Reflet place Richard « Dick » Grayson, le premier Robin compagnon de Batman comme l’un des maillons au centre de cette histoire. Ici, il a repris la cape du chevalier noir. Conscient d’évoluer littéralement dans une « ville de fous » où la dégénérescence pousse comme de la mauvaise herbe, Dick enquête sur une vente aux enchères mystérieuse dans le milieu de la pègre de Gotham, orchestrée par une figure masquée appelée Le Priseur, adepte du « Mal ». Il faut le dire d’emblée, tout y est. L’enquête, l’action, et même la folie. Tout est sombre, propice à la noirceur. Les sourires, quand il y en a, sont en coin. Le désespoir s’est répandu.
L’alternance des styles graphiques, car c’est la marque de cette œuvre, est un parti pris. Jock nous immerge dans une atmosphère réaliste et sombre. Francesco Francavilla utilise un style qualifié d’« old‑school », aux traits épais et aux couleurs vives, qui rompt plutôt avec le style de son collègue. On pourrait presque dire que même les graphismes sont diégétiques. Dichotomiques par nature, l’opposition des deux artistes rend bien cette atmosphère dans laquelle le comics nous emporte. Le récit est considéré comme l’un des arcs majeurs du chevalier masqué. Il y a bien sûr d’autres grands chefs-d’oeuvres comme le No Man’s Land, Un Deuil dans la famille, ou bien encore Knightfall. Comment ne pas citer l’interprétation du clown d’Alan Moore ? Toujours est-il que ce Sombre Reflet a convaincu le public ! DCPlanet.fr, par exemple, adore l’ambiance : une Gotham quasi‑vivante, oscillant perpétuellement entre le bizarre et le désespoir, et une enquête à la frontière du thriller et de l’horreur, et cet excellent contraste graphique entre Jock (Batman) et Francavilla (Gordon) . Car oui, James Gordon, le commissaire que tout le monde connaît et qui attend si souvent son homologue masqué sur le toit du bâtiment de la police de Gotham, est un pilier de l’Histoire. Comme l’intégralité de sa famille, d’ailleurs. On apprend que Gordon, en plus de la traditionnelle Barbara, devenue Oracle après l’accident avec le Joker, aurait eu un fils, psychotique sur les bords, qui aurait refait surface. Dans le scenario, des cages contenant des oiseaux exotiques sont ouvertes dans toute la ville. On eut pu croire à un coup du malicieux Pingouin ! Même pas. Batman, et Red Robin (Tim Drake) prennent part à l’enquête, tandis que Gordon revoit son fils et replonge dans un passé que le tout à chacun aurait préféré oublier.
Et c’est précisément cela qui nous convainc. L’entrée sans ambage dans l’intimité de Gordon, et dans l’espoir, quasi naïf, d’un Grayson qui veut maintenir une ville à flots. Une ville dévorée qui creuse sa propre tombe. Les évènements s’enchaînent très bien, et on est maintenu en haleine, à tel point que je peux me targuer de l’avoir presque dévoré en une seule fois. Pour qui a été bon spectateur des films du Dark Knight de Nolan aimera retrouver cette ambiance gothamienne immensément urbaine, où la folie s’empare instinctivement des rues et d’autres avenues où les habitants pratiquent le ressouvenir pas si heureux d’un temps ou des mafieux d’une toute autre classe dirigeaient la ville. Mais tout passe ! Les criminels ne se laissent plus amadouer et, comme on peut le lire à un moment, ne comprennent plus le « non ». Une ambiance inquiétante où l’on est pénétré par les volte-faces d’une intrigue très bien ficelée. On pourrait même prétendre qu’on n’en ressort pas de la même façon, ardemment convaincus du bien fondé de cet arc narratif puissant et noir.
Alors, mes chers amis que j’emmène maintenant sur des horizons souvent différents, je ne puis que vous conseiller de vous laisser séduire par Batman : Sombre Reflet. L’aspect psychologique sied bien au public mugissant dans une société qui s’est fait de l’introspection un des fers de lance d’un combat peut-être déjà perdu d’avance ? C’est en tout cas ce que prétend la métaphorique Gotham de ce comics. Presque une personnification, une allégorie non tue. Vous trouverez chez Urban Comics une adaptation de ce Sombre Reflet. Plongeons ensemble, mes amis, dans les aventures sombres, mais toujours délicieuses, du chevalier noir.
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